La troisième édition du Forum bénino-tunisien du numérique, tenue mardi 16 juin 2026 à Cotonou, a dépassé le cadre d’un simple rendez-vous d’échanges. Autour de la question de la souveraineté numérique, les acteurs béninois et tunisiens ont affiché une ambition commune : transformer une coopération déjà dynamique en un véritable moteur de développement technologique africain.
A l’heure où les données, les infrastructures numériques et l’intelligence artificielle redessinent les rapports de puissance dans le monde, la question de la souveraineté numérique s’impose comme un enjeu stratégique pour les États africains. C’est dans ce contexte que s’est tenue à Cotonou la troisième édition du Forum bénino-tunisien du numérique, placée sous le thème : « Vers une souveraineté numérique partagée : bâtir l’indépendance technologique africaine ».

Coorganisé par le Club DSI Bénin et le consortium tunisien Get IT, l’événement a réuni décideurs publics, chefs d’entreprises, experts du numérique, étudiants et partenaires institutionnels autour d’une réflexion commune sur les conditions d’une maîtrise africaine du numérique. Pour Fabrice Dako, président du Club DSI Bénin, le forum constitue aujourd’hui bien plus qu’un espace de discussions. Trois années après son lancement, l’initiative a permis la naissance de collaborations concrètes entre entreprises béninoises et tunisiennes, favorisant investissements, transferts de compétences et création de valeur. L’installation récente au Bénin d’EO Africa Cloud, filiale du groupe tunisien EO Data Center, illustre cette dynamique. Au-delà du symbole, cette implantation témoigne de la capacité des partenariats Sud-Sud à générer des retombées économiques réelles, notamment en matière d’emplois qualifiés et de développement d’infrastructures numériques.

La souveraineté numérique, un projet collectif
L’un des principaux enseignements de cette édition réside dans la redéfinition même du concept de souveraineté numérique. A plusieurs reprises, les intervenants ont insisté sur la nécessité de dépasser une vision défensive ou isolationniste de cette notion. « La souveraineté numérique n’est pas de l’isolement », a martelé Fabrice Dako, rappelant qu’aucun pays africain ne dispose, à lui seul, des ressources suffisantes pour relever les défis technologiques contemporains. Selon lui, seule la mutualisation des expertises, des infrastructures et des investissements permettra au continent de bâtir une autonomie numérique crédible. Cette conviction a d’ailleurs guidé les travaux des trois panels consacrés aux data centers et au cloud souverain, à la gouvernance numérique ainsi qu’à la coopération et à l’inclusion technologique. Autant de thématiques qui renvoient à une même préoccupation : comment garantir la maîtrise des données africaines tout en développant des solutions adaptées aux réalités du continent ?

La jeunesse, véritable socle de l’indépendance technologique
Pour Khaled Mehiri, coordonnateur et fondateur du consortium Get IT, la souveraineté numérique ne saurait se limiter aux infrastructures. Elle repose avant tout sur le capital humain. Devant une forte présence de jeunes et d’étudiants, il a rappelé que les meilleurs centres de données, les plateformes les plus performantes ou les stratégies les plus ambitieuses demeurent inefficaces sans compétences capables de les concevoir et de les exploiter. Son intervention a également mis en lumière l’un des plus grands atouts de l’Afrique notamment sa jeunesse. Une jeunesse que les acteurs du numérique appellent à former, retenir et valoriser afin qu’elle participe pleinement à la transformation du continent. Cette vision a trouvé un écho auprès des représentants de l’Agence des systèmes d’information et du numérique du Bénin (ASIN), qui ont souligné l’importance de construire un écosystème numérique performant, sécurisé et souverain grâce au partage d’expériences et à la coopération régionale.

Au terme des échanges, une certitude s’est imposée. Pour les participants, l’Afrique ne pourra durablement affirmer son indépendance technologique qu’en passant du statut de consommateur à celui de producteur de solutions numériques. Le Forum bénino-tunisien du numérique apparaît ainsi comme un laboratoire d’idées, mais surtout comme un catalyseur de projets concrets. Trois ans après sa création, l’initiative semble avoir franchi un cap. Après le temps du rapprochement et celui des alliances, les acteurs béninois et tunisiens veulent désormais entrer dans l’ère des réalisations. Car, comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, la souveraineté numérique africaine ne se proclame pas ; elle se construit, projet après projet, partenariat après partenariat.
Légende : Une alliance numérique qui veut faire émerger l’Afrique technologique